L’atmosphère est le premier album d’un projet musical pétillant. Ce projet s’appelle Ny:na Valès, un duo nantais réunissant Nathalie Carudel au chant, et Yann Savel pour les parties guitares, machines, percussions… et voix. Le duo devient parfois trio avec la complicité de Jean-Pat Cosset aux orgues (Hammond et Wurlizer). Outre ce premier disque, l’actualité de Ny:na Valès, c’est la résidence Artistes en Scène coordonnée par Trempo. Ny:na est parrainé et accueilli à L’Olympic ; le groupe a effectué deux sessions sur l’interprétation avec Lydie Callier. Rencontre avec Nathalie et Yann, en fin de deuxième session Artistes en Scène.
Par Cécile Arnoux.
Présentation du projet
Nathalie - J’ai découvert Savel sur scène, et j’ai été séduite par ses compositions. J’avais une amie, Adélaïde qui chantait avec Yann, et elle m’a informé un jour du fait que Yann cherchait une fille pour chanter de temps en temps. Nous avons commencé à jouer un peu, je venais faire quelques interventions et avec le temps, nous nous sommes dit que nous allions monter un véritable groupe. Je jouais dans un groupe à Limoges, les Ejectés, et dans Ossoffo de Nantes, en tant que choriste. Et j’ai eu vraiment envie de chanter pour un univers plus intime, plus travaillé, et en chant lead plutôt qu’en tant que choriste. Et puis, dans la relation, le duo est quelque chose de très intéressant. Yann - Et bien, moi, je menais un projet solo de mon côté, et je manifestais l’envie d’avoir une interprète féminine, car j’avais des chansons qui s’y prêtaient vraiment. Et puis, ses premières interventions m’ont convaincu. J’ai eu très vite envie de monter avec elle un projet plus ambitieux, avec un répertoire sur lequel elle serait lead. Cela fait maintenant bientôt deux ans que le projet est en route.

Quelle est l’identité de Ny:na Valès, la couleur musicale, le propos artistique ?
Yann - Pour moi, à la base, il y a la chanson française, et l’idée d’être à la croisée de plusieurs styles différents : du jazz, la musique classique, la pop, le rock, la bossa nova et la chanson bien sûr. Il y a toujours l’idée sous-jacente de mettre en valeur un texte et une mélodie par un chant et des arrangements.
Nathalie - Ce qui me frappe, c’est vraiment l’écriture liée à une tradition de chanson française (de Brassens à Gainsbourg), avec des textes, des mélodies et des arrangements très travaillés. Mais, nous sommes aussi attachés aux arrangements très métissés. Et puis, nous sommes aussi en mesure de jouer de manière très épurée, acoustique, simplement guitare-voix, et de jouer avec des samples, des bandes. Nous avons cette liberté.
Yann - Cela est encore plus vrai en concert. Nous jouons parfois des concerts simplement chant-guitare, ou bien des choses, je ne dirais pas électro mais avec des samples ; et puis les claviers de Jean-Pat sont très « vintage », mais il les réadapte de façon plus actuelle.
Yann, tu t’inspires de compositeurs de musiques de film ?
Yann - Non, pas vraiment. J’en écoute, mais je pense m’inspirer plutôt de musique instrumentale, jazz instru ou bien musique classique instrumentale.
Nathalie - Je pense que les arrangements de Yann amènent à y trouver des connotations « musique de film ».
Y-a-t-il une envie de revenir à des compositions un peu sixties ?
Yann - Franchement, je pense que cela vient des harmonies, mais ce n’est pas un souhait à la base. C’est vrai qu’il y a un côté sixties dans certains morceaux. Mais pour d’autres, j’y trouve une couleur seventies, voire même eighties ou encore années 90. C’est vraiment pour moi le panache de plusieurs influences de plusieurs époques, tout en essayant de garder une unité et pas de proposer un patchwork trop éclaté. Il y a la voix de Nat qui fait l’unité via son timbre clairement identifiable, une unité dans la production, dans le son, une unité de mix, et évidemment une unité dans les arrangements. Et puis, le nombre de musiciens étant réduit, cela confère aussi une sorte d’unité. Et ces musiciens, je les connais vraiment bien ; ce sont mes « hommes de confiance » !
Comment vous trouvez chacun votre place ?
Yann - Les choses sont claires. Je suis auteur compositeur et arrangeur. Nat est interprète. Mais finalement, les choses ne marchent pas non plus vraiment comme cela. Pour les arrangements, c’est de plus en plus dilué ; Nat s’est investi là-dessus au cours de l’enregistrement.
Nathalie - Ce qui est intéressant, c’est que ses textes tout comme ses mélodies m’ont tout de suite parlée. Il y a certains textes dans le contenu, que je ne chante pas.

Et bien, justement, ce n’est pas compliqué d’interpréter des textes écrits par un homme ?
Nathalie - Non, pas du tout. On se demande parfois qui est l’homme et qui est la femme dans le groupe (sic). Non, mais plus sérieusement, Yann est un être très sensible. Il y a quelques mots que je tourne au féminin pour pouvoir les chanter plus simplement, mais globalement, cela me convient. Et puis, la sensualité existe chez l’homme autant que chez la femme.
Yann - Et puis, il y a des textes asexués aussi.
Vous avez récemment effectué 2 résidences dans le cadre d’Artistes en Scène. Qu’en avez-vous retenu ? Comment vous concilier votre univers propre et l’apport ou les suggestions d’intervenants extérieurs ?
Nathalie - Si tu acceptes de faire Artistes en Scène, tu acceptes pendant 3 jours d’essayer tout ce que l’intervenant te propose, enfin dans la mesure du possible. Mais en tous cas, il faut se mettre dans cet état d’esprit. C’était très intéressant d’avoir une ouverture du trio, quelqu’un d’autre qui rentre là-dedans, et qui peut vraiment à l’intérieur parler et discuter. Nous n’étions plus nous, dans notre cocon, à se dire les choses entre nous. Cela fonctionne au début, lorsqu’on met en place le répertoire, dans une période de création ou juste après, mais cela devient vite sclérosant. Et donc, pour nous c’est une chance de faire Artistes En Scène. Mais, c’est avec le recul et le temps sur scène que l’on fera le « tri ». Il se trouve que nous avons aussi travaillé avec une femme, Lydie Callier, qui était sur l’interprétation. Elle s’est donc vraiment concentrée sur moi, et je suis plutôt ravie.
Yann : Elle a travaillé sur l’interprétation effectivement ; elle n’a pas tout démantibulé, ce n’est pas comme si nous avions travaillé avec un arrangeur. Les arrangements sont restés tels quels. Elle s’est concentrée sur Nat et le chant-lead, et notre énergie à nous, musiciens.
Nathalie - Elle a vraiment axé aussi sur le propos, la posture que nous avons sur scène, en nous rappelant que c’est une chance d’être sur scène, et qu’il faut exprimer vraiment ce que l’on a à dire, y mettre de la conviction, de l’énergie. Et puis, elle a un regard d’amour, elle est vraiment cool.
Yann - Elle s’est occupée un peu de nous aussi avec Jean-Pat. C’était vraiment bien, à tel point que nous avons fait deux sessions avec elle.
Qu’est-ce-qui importe pour vous sur scène ?
Nathalie - Un visuel, une ambiance, de la sensualité, un côté pétillant, que tous les sens soient en éveil. En bar, c’est plus intime, c’est plutôt proche du cabaret, mais nous travaillons tout autant le visuel.
Yann - Et puis, nous avons un décor, des petites lumières, des costumes, des petits accessoires, une satinette qui marquent un peu l’univers. Nous avons nos marques et nos repères. Mais nous improvisons aussi un peu, surtout les parties claviers de Jean-Pat.
Pourquoi avoir signé sur Prikosnovénie ?
Nathalie - C’est une rencontre dans le temps. Les choses ont évolué entre la première rencontre et maintenant. C’est une construction.
Yann - Il se trouve que pour les deux « parties », c’est un truc un peu nouveau. De notre côté, nous avions l’envie de sortir le disque sur un label, mais Priko n’était pour nous pas vraiment en adéquation artistique avec notre musique. Or, à cette période, ils ont eu envie de sortir un truc plus chanson, avec comme à l’habitude une voix féminine, et un projet local. Et puis, il se trouve que Prikosnovénie est en cheville avec Ellips, une structure de tour que nous avions démarchée. Nous cherchions au départ un tourneur, plutôt qu’un label. Il a fait passé notre démo à Prikosnovénie. Notre projet a correspondu avec leur envie du moment.
Les projets à venir
Yann - Le disque devrait nous accompagner une certaine période, et nous apporter des concerts. Les projets sont donc centrés autour des concerts. Et puis, à côté, j’ai mon projet personnel avec un disque à sortir aussi à la rentrée. Mais Ny:na Valès reste pour moi le projet le plus important.
Nathalie - Effectivement, nous avons de jolies dates à la rentrée, avec si tout va bien Région en Scène. À côté de cela, je chante aussi dans Eugène Plaisir, et dans un duo de bossa Dindji.
Qu’est-ce qui vous parle musicalement en ce moment ?
Nathalie - Loïc Lantoine, le premier album. J’aime écouter en ce moment de la chanson française, du fado, et des vieux trucs.
Yann - J’écoute beaucoup de choses différents ; de la chanson française, de la pop, du jazz. J’écoute aussi beaucoup le « Ombres est lumière » d’IAM, et Jamiroquaï. J’ai toujours aimé le groove, le funk, et j’écoute beaucoup de musique classique aussi.
Retour en vidéo sur la résidence de Ny:na Valès à L’Olympic (Nantes).
Images & montage : Marc Tsypkine.
Accompagnement pédagogique : Lydie Callier.
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